ANTIGONE

18/9/12
Antigone, de Jean Anouilh, mise en scène de Marc Paquien, à la Comédie Française (théâtre du vieux-Colombier). C’est pour moi la meilleure Antigone du répertoire, meilleure que celle de Sophocle (la source de toutes les autres), de Cocteau et même de Brecht (et d’autres encore mais je ne les connais pas !). C’est la confrontation politique entre réalisme et idéalisme, entre passivité-complicité, et résistance (on souligne souvent à juste titre qu’Anouilh écrivit cette pièce en 1944).
À la mort d’Œdipe, ses fils, Étéocle et Polynice, incapables de se partager le pouvoir, s’entretuent, comme les deux voyous qu’ils sont. Créon, leur oncle, devient le roi, sans enthousiasme (mais il faut bien que quelqu’un fasse le « sale boulot »). Il choisit de faire d’Étéocle un héro national et interdit l’inhumation de Polynice (« tu penses que je ne pouvais pas m’offrir le luxe d’une crapule dans les deux camps »). Antigone brave l’interdit et décide d’aller enterrer son frère. La confrontation entre Créon et sa fille est terrible. Elle refuse tout compromis. Elle est intraitable : « Tu sais que j’ai raison, mais tu ne l’avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os. (…) Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. (…) Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir ! (…) Ah ! vos têtes, vos pauvres têtes de candidats au bonheur ! C’est vous qui êtes laids, même les plus beaux. (…) Tu l’as bien dit tout à l’heure, Créon, la cuisine. Vous avez des têtes de cuisiniers ! »
La pièce d’Anouilh est magnifique, et garde une actualité troublante. Malheureusement, la version que nous avons vue ce soir est plate, classique, et manque de panache. Une fois encore, les comédiens ne sont pas en cause ; c’est tout le reste qui est défaillant : la mise en scène, le décor, la scénographie… C’est triste comme rentrée de la Comédie Française. Et je lui en veux, à Marc Paquien, d’avoir gâché cette Antigone que j’aime tellement. D’ailleurs, je n’étais pas le seul de cet avis : les applaudissements étaient bien timides…

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